20.10.2006
Quand la liberté fait loi
La remise en cause de la psychanalyse (CF le « livre noir de la psychanalyse») se déroule dans le cadre d’un double courant sociétal massif et dangereux :
D’un côté, on assiste à un phénomène que l’on pourrait nommer celui de la terre promise ou de la terre "mère". C’est un phénomène où s’effacent les dimensions de l'espace et du temps, où tout serait donné, gratuit, dans l'immédiateté, où tout tend vers l'horizontalité, sans hiérarchie, sans limites, sans interdit et a priori sans loi. Ce phénomène s'exprime magistralement via internet : on accède à la terre entière, tout de suite, tout le temps, il n'y a plus d'espace qui sépare. Sa gratuité vertigineuse efface elle aussi le temps, le temps de l'attente, de l'effort, de l’espoir pour obtenir quelque chose. Du même coup, s’efface la frustration, la castration puisqu'on accède à tout.
Ce phénomène se retrouve tout autant dans les réactions de la population face au politique : aucune perte, aucun effort, aucun différé ne sont tolérés. Il faut des réponses, toutes positives et immédiates. les sondages sont tous là pour sanctionner de facto les actes et les projets.
L’utopie de la mondialisation là encore se passe de l’autorité politique avec la croyance d’une auto-régulation, d’une égalité qui s’imposera d’elle-même.
Le passé a été jeté parce que jugé trop autoritaire et dépassé. Mais le futur n’est pas davantage concevable parce que déjà trop loin pour prendre même le temps de le penser, de le construire. On se retrouve donc dans un seul présent, dans un fusionnel, « profusionnel » d'une mère idéale, fantasmée et ...sans père à l'horizon .
La psychanalyse, à l’inverse, vient introduire le temps, le temps du désir, le temps de l'effort qui a son coût et donc sa valeur. Elle vient introduire l'espace, l’espace qui sépare et qui est la clé de l'affranchissement pour la pleine accession à l'être-sujet. Alors forcément, la psychanalyse semble décalée dans notre époque. Forcément, la distance ou hauteur de vue qu'elle impose devient insupportable aujourd'hui . Forcément, son langage devient obscur pour celui qui ne veut pas chercher à comprendre. Forcément, la figure paternelle du fondateur ne peut être que malmené.
Mais d’un autre côté, ce nouveau paradis qui se veut déculpabilisant, déresponsabilisant jusque dans la moindre difficulté de vivre, insidieusement engendre un phénomène sécuritaire d’une violence encore non mesurée avec l’apparition d’un nouveau corps.
Auparavant nous étions confrontés à notre corps "humain", à cette nature humaine qui nous rend malades, laids, faibles, vieillissants et pour finir mortels, (sans parler des pulsions qui nous dominent et à notre insu, horreur!). Aujourd’hui, apparaît un autre corps, un corps "médical". Mais qui sans doute est encore plus monstrueux que le précédent. Et déjà le cinéma s’empare de ce monstre-là dans une science fiction qui n’est plus si fictive : on est étudié, sondé de fond en comble, réparable quasi à la perfection et peut-être bientôt à l’infini. Les médecins eux-mêmes sont pris dans cette exigence de la perfection, du zéro faute. C’est bien leur part "humaine" jusque dans leur savoir clinique qui est remise en cause. Ils sont bardés de questionnaires et de compagnies d’assurance.
Il en va de même pour notre qualité de sujet : celui-ci fait désordre parce qu’il est dans l’imperfection, lui aussi dans la faute, dans l’impossible. Des experts se réunissent pour diagnostiquer le moindre comportement jugé difficile et surtout perturbateur et ceci, dès l'âge de 36 mois. Alors bien sûr, au nom de la prévention, la démarche devient radicale. Un remède à toute gêne s’impose.
Alors que la psychanalyse fait de cet impossible l’essence même de la cure, y reconnaît l’espace de liberté, d’individualité irréductible et salutaire pour le sujet, les nouvelles thérapies qui n’ont pour but que de faire céder le symptôme répondent bien mieux à la volonté, et bientôt au devoir, de réussite, de perfection, ou tout simplement de normalité. Ici le sujet, la parole, le symbolique et le désir sont simultanément et instantanément niés. Ce que le symptôme représente dans l’économie psychique n’est plus pris en compte au risque de voir refleurir à la place de ce symptôme nécessaire et parlant, d’autres manifestations plus latentes et aussi handicapantes. Ici on n'élabore surtout pas, on est là encore dans le fantasme de la mère qui pourvoie, on espère même un remboursement par notre bonne sécurité sociale.
Ce qui agit sous cette approche active, rapide et a priori généreuse c'est la mère ou surmoi archaïque, celle qui étouffe, qui empêche d'advenir librement au risque, sinon, de terribles représailles. Mais dans ce premier temps d'illusion on le préfère à toute figure paternelle qui introduit le tiers, la distance et en ce sens libère tout en responsabilisant.
Ce qui s’opère finalement c’est un changement d’autorité qui porte le nom si séduisant de sécurité. Parce que la liberté est un exercice trop difficile et en définitive inquiétant, on assiste sans crier gare au mouvement réactionnaire que l’on pouvait pourtant prévoir.
Notre réponse à ce « livre sombre de notre époque » veut signaler que le « meurtre du père » qui semble se dérouler en toute impunité et très bonne conscience cache un courant hygiéniste qui doit tous nous préoccuper.
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journées nationales du marketing
Tout au long des journées nationales du marketing organisée par l'Adetem, on a signalé la montée du conversationnel ou d'un marketing consommateur qui se passe bien voire rejette le marketing classique. Il est clair que le consommateur, et l'individu en général, a pris le pouvoir pour ne plus avoir à le subir, aucune loi n'ayant aujourd'hui de légitimité assurée.
Le consommateur a désormais son mot à dire et s'assure une maîtrise maximum des choses. Avec internet, toutes les choses sont exposées librement, tout le monde peut en disposer sans limite et sans cadre. Comme a pu le mentionner Pierre Bellanger, président de skyrock et gestionnaire de la communauté des six millions de skybloggers, le contenant semble ici avoir disparu. Et c'est justement sur cette dimension, plus exactement cette fonction contenante que je voudrais insister ici. On cherche à s'en défendre, à l'attaquer pour toujours plus de liberté, et pourtant elle n'en reste pas moins indispensable et recherchée malgré tout.
Prenons l'exemple d'Ipod qui souligne le phénomène : il y a un produit, certes très intéressant, mais dont le prix reste injustifié, déraisonnable. Mais sa cible total conversationnelle n'a pas l'air de soulever le détail, quand bien même elle sait (si je le sais, a fortiori elle aussi) qu'il y a un écart de coût scandaleux entre la production et le prix de vente. Non, les bloggers nous exposent leur kif de l'I Pod.
Alors, que se passe-t-il ?
Et bien il y a ce qui dépasse le produit, ce qui l'enrobe et le contient : le design, la com et bien évidemment la marque qui orchestre tout ça. Car c'est bien le rôle d'une marque que d'assurer cette fonction contenante et ceci plus que jamais.
Comme aux deux périodes charnières du développement de l'enfant (3 ans et adolescence), le consommateur d'aujourd'hui remet en question les lois, les limites, le cadre. Il les combat pour les renverser et s'affirmer, s'autonomiser mais aussi pour les éprouver, avec l'inconscient espoir et besoin que ceux-ci lui resistent ! La soif émancipatrice de liberté ne va pas sans son revers d'angoisse, de perte de repères, d'absence de rassurance. Dans contenir, il y a limiter mais tout autant soutenir, valoriser, garantir le sentiment d'exister. C'est ce qu'a compris SKY ROCK, cette radio a jeté le contenu rock qui a perdu son sens premier, mais elle a gardé, ce que Pierre Bellanger a appelé les fondamentaux et que je nomme le cadre contenant. C'est la Signature de la marque. Et là le marketing est plus que jamais attendu sur ce territoire. Avec toutefois ce nouveau mode relationnel : je t'écoute, je te laisse t'exprimer avec bienveillance sur le territoire du produit, mais je veille à contenir ce territoire par l'identé de la marque, sa symbolique, son imaginaire.
Marketing is not totalement dead et le portrait chinois non plus !
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15.10.2006
Pour introduire la réflexion
Force est de constater que notre société connaît une mutation aujourd’hui profonde. Sans doute conjointement imputable à la mort du divin, à l’économie d’hyperconsommation et à l’universalisation du savoir, cette mutation vient toucher des dimensions aussi fondamentales et structurantes que le temps, l’espace et L’Autre. Avec pour point nodal une grande absence, celle du père et de sa loi.
Autant de dimensions avec lesquelles nous travaillons, constitutives de notre cadre et notre dynamique. Avec ce remaniement ce sont les notions de transfert, de limites, voire plus théoriquement la place de l'Œdipe, la frontière entre normal et pathologique, le fonctionnement psychique même qui sont questionnés.
On assiste par exemple à une sorte de régression vers un stade pré-oedipien mais il n’est pas garanti qu’ un retour du père advienne.
Aussi, en cette période transitoire ou définitive, faut-il s’interroger sur notre pratique : son cadre, la demande et notre position d’autorité « supposée savoir », non seulement pour mener à bien le travail psychothérapeutique, mais pour pouvoir le mener tout court.
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